Sur la piste sauvage

«J’ai adopté les grands espaces australiens depuis dix ans maintenant. J’aime ce pays-continent, où je travaille avec les enfants aborigènes, ces jeunes démunis, désœuvrés mais débordants de vie. À ces oubliés du bout du monde, j’ai donné le meilleur de moi-même, ils m’ont appris leurs coutumes, leurs traditions, et plus important que tout, leur compréhension intime de la nature. Grâce à eux, je peux devenir écorce, feuille, branche qui craque. Aujourd’hui, je suis cette terre rouge que je foule pieds nus le plus souvent et que j’aime tant, j’appartiens à ce décor sauvage et parfumé. Cette aventure a commencé le jour où, une communauté aborigène m’a invitée à participer à une course de chevaux, moi seule femme cavalière, blanche de surcroît. En plein désert australien, sous la fournaise, je remportais la course, devant un public mâle, abasourdi qu’une femme jeune les devance. J’ai rencontré ce jour-là d’autres déshérités, les brumbies, ces chevaux australiens redevenus sauvages, que nombre d’Australiens trouvent invasifs et n’hésitent pas à éliminer.
Lorsque j’ai décidé de traverser seule ce continent sauvage, en empruntant les 5 000 kilomètres du National Trail, je savais que trois brumbies m’accompagneraient. Ces compagnons d’aventure et de solitude, j’ai dû les dresser moi-même. Cette fois c’était certain, je pouvais partir au loin, oser l’aventure, vivre ce rêve fou, cette traversée sauvage.»

Partie il y a plus de dix ans pour des vacances en Australie, Aliénor le Gouvello, passionnée d’équitation, est tombée sous le charme de l’outback australien.